En 2009, Gerbrand Bakker, chroniqueur et écrivain, a écrit une chronique pour l'hebdomadaire De Groene Amsterdammer sur ses souvenirs d'enfance du jardin Le Roy.
Mon père employait autrefois un ouvrier agricole frison. Lorsqu'il a démissionné, il est retourné en Frise, à Heerenveen, avec sa femme et ses enfants. Je trouvais très étrange qu'il revienne chaque printemps chercher des œufs de vanneau huppé, car cela ne semblait-il pas être une activité typiquement frisonne ? Après leur départ, nous allions parfois par là. Je n'ai aucune image précise d'une maison ou d'une rue à Heerenveen où je pourrais situer l'ouvrier agricole et sa femme. Je me souviens cependant d'un sentier enchanteur qui devait se trouver près de la maison. Ce n'était pas un simple chemin rectiligne de pavés ou d'asphalte bordé de quelques buissons. C'était un sentier sinueux, avec des recoins et d'étranges gros blocs de pierre, des marches, des murs à moitié effondrés et des murets de traverses. La végétation y était dense, comme un tunnel, avec de la berce du Caucase et d'autres herbes folles partout. On ne voyait rien de tel dans notre polder aride. J'y suis allé au moins trois fois.
Je n'ai jamais visité l'écocathédrale de Louis le Roy à Mildam (commune de Heerenveen), mais j'en connais le concept, j'en ai vu des images et j'ai entendu des paysagistes en parler. Secrètement, je rêve de créer un projet similaire un jour, sur un terrain qui m'appartient. Contrairement à Le Roy, j'imagine sans hésiter une scie, un sécateur et une débroussailleuse à disposition. Je trouve qu'il est plus important pour moi de maîtriser la végétation que pour lui.
Contrat de cent ans
Le numéro d'hiver d'*Onze Eigen Tuin* contenait un article sur Le Roy, et c'est alors que j'ai appris que le chemin magique aménagé sur le terre-plein central de la Kennedylaan était l'un de ses premiers projets. Sans jamais avoir entendu parler de lui, j'étais déjà captivé par sa vision, dès mon plus jeune âge. Ce sont ces moments qui vous font comprendre que, plus tard dans la vie, vous ne faites pas les choses au hasard. En 2005, près de quarante ans après le début du projet d'écocathédrale, un contrat de cent ans a été signé entre la municipalité de Heerenveen et Le Roy. C'est formidable, car le temps – ou plutôt les « processus sans finalité » – est primordial dans sa vision.
Publié dans De Groene Amsterdammer no. 21, 21 mai 2009





